Si une entreprise exerce ses activités au Canada et emploie des Canadiens, est-ce que cela en fait une entreprise canadienne?
Pas nécessairement.

À quelques exceptions près, notamment les entreprises exploitées par des propriétaires uniques, presque toutes les entreprises de services au Canada sont constituées en société, soit au niveau provincial, soit au niveau fédéral. C'est là que se trouve le cœur de la question lorsqu'on cherche à déterminer ce qui rend une entreprise véritablement canadienne. Une entreprise peut être constituée au Canada, employer des Canadiens et exercer toutes ses activités au sein de nos collectivités sans pour autant appartenir à des intérêts canadiens.

C'est là que la distinction entre entreprise détenue au Canada et entreprise présente au Canada devient importante.

De nombreuses entreprises de services qui exercent leurs activités partout au Canada entrent dans cette catégorie. Elles emploient des Canadiens, investissent dans leurs activités locales et comptent souvent sur des équipes de direction canadiennes. Mais la propriété de l'entreprise se trouve ailleurs. Lorsque c'est le cas, les profits et la valeur créée à long terme par l'entreprise finissent par revenir à la société mère et à ses actionnaires à l'extérieur du pays.

Les entreprises détenues par des intérêts étrangers jouent clairement un rôle important dans l'économie canadienne. Elles apportent du capital, créent des emplois et contribuent à l'activité économique. Je ne prône pas l'exclusion de la propriété étrangère. Ce que je préconise, c'est une distinction plus claire entre ce qui est détenu au Canada et ce qui est simplement présent au Canada, afin que les consommateurs puissent faire des choix éclairés quant à l'endroit où ils dépensent leur argent.

Nous avons déjà adopté ce principe dans d'autres secteurs de l'économie. Les épiceries indiquent clairement le pays d'origine de nombreux produits afin que les consommateurs puissent décider s'ils souhaitent soutenir les producteurs canadiens lorsqu'ils achètent des fraises, de l'ail ou du vin.

Nous avons consacré beaucoup de temps et d'efforts à faire en sorte que les consommateurs sachent d'où viennent leurs aliments et leurs avions.

Mais lorsqu'il est question d'entreprises de services, nous n'offrons pas la même transparence aux consommateurs.

En fait, il peut être extrêmement difficile de retracer la propriété d'une entreprise.

En faisant des recherches sur l'un de mes principaux concurrents, il a fallu faire appel à un avocat, effectuer plusieurs demandes d'information et obtenir l'aide d'une personne capable d'expliquer des structures d'entreprise complexes comme les LLC et les ULC pour comprendre la structure de propriété. À titre de référence, une ULC (Unlimited Liability Corporation) est une forme de société autorisée dans quelques provinces canadiennes et souvent utilisée dans des structures d'investissement transfrontalières. Bien qu'elle fonctionne comme une société ordinaire au Canada, elle peut être traitée différemment à des fins fiscales aux États-Unis, ce qui la rend utile dans certaines structures de propriété internationales.

Il en résulte que retracer la propriété ultime d'une entreprise qui exerce ses activités au Canada peut être beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et qu'on ne peut raisonnablement s'attendre à ce que la plupart des consommateurs entreprennent une telle démarche.

Alors, comment pouvons-nous nous attendre à ce que les consommateurs fassent des choix éclairés lorsque la structure de propriété de ces entreprises est aussi opaque?

Pour répondre à ce défi, les gouvernements ont adopté différentes définitions de ce qui peut être considéré comme « canadien ». Dans bien des cas, la définition repose sur le fait qu'une entreprise exerce ses activités localement et emploie un certain nombre de personnes au pays.

Le problème avec cette définition, c'est qu'elle s'intéresse surtout à l'endroit où le travail est effectué, plutôt qu'à l'endroit où la valeur créée par ce travail finit par aller.

Comme je l'ai expliqué dans mon article What Are We Actually Fighting For?, les entreprises de services ont une particularité. Presque tout le travail s'effectue localement. Qu'il s'agisse d'un technicien, d'un producteur ou d'une équipe événementielle, les personnes se présentent pour effectuer le travail, peu importe à qui appartient l'entreprise.

Du point de vue du client, faire appel à une entreprise détenue par des intérêts canadiens ou à une entreprise détenue par des intérêts étrangers peut sembler exactement la même chose. Le travail est réalisé par des Canadiens, dans des collectivités canadiennes, et les mêmes services sont fournis.

Mais la réalité économique qui se trouve derrière est différente.

Lorsqu'une entreprise détenue au Canada réalise des profits, il est plus probable qu'une partie de ce capital soit réinvestie au pays, par l'entremise de la propriété, de l'investissement et de la croissance à long terme. Lorsqu'une entreprise détenue par des intérêts étrangers réalise des profits, ces revenus finissent ultimement par revenir à la société mère et à ses actionnaires ailleurs dans le monde.

L'activité reste au pays.

Le travail se poursuit.

Mais au fil du temps, notre productivité économique sous-jacente s'érode lorsque la valeur créée par ce travail quitte le pays.

Et c'est pourquoi la distinction entre entreprise détenue au Canada et entreprise présente au Canada est importante.

Parce que dans une économie de services, la question n'est pas de savoir qui fait le travail. La question est de savoir qui possède la valeur créée par ce travail.

Poursuivez la réflexion avec notre article :
Pourquoi la propriété canadienne est importante dans une économie de services